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Le 1er Mai

Edito de 'Secouez-vous les idées' n° 90 juin juillet août 2012 - CESEP - info@cesep.be
( Texte reproduit avec l’autorisation de l’auteur )

Monsieur Charles,

Franchement, sincèrement, j'envie votre papa. Qu'il doit être doux pour ce père Louis de ressentir un tel respect filial. Avoir un fils qui suit ses pas aussi fidèlement. Du berceau à la présidence du MR, du ballon rond au maïorat, quel beau parcours sur les traces de son papa. Cependant Monsieur Charles, point trop n'en faut. Tout n'est pas bon à prendre, même chez un tel papa. Pourquoi diable allez faire le mariole dans les rues de Jodoigne en se faisant passer pour ce qu'on n'est pas. Pire, en légitimant ce carnaval par une révision de l'histoire.

" Le 1er mai, c'est nous ! " Franchement, dans votre cas, pour affirmer cela, il faut avoir forcé sur le pecket de la province voisine. " Le MR est le délégué syndical de ceux qui bossent, qui en veulent... " Là, vous fumez autre chose que des Gauloises bleues. " Le premier mai, une fête authentiquement, typiquement libérale ...". Franchement, à Bruxelles on dirait " ce peï est maf ", ce qui se traduit par " ce type est pas un peu fou dans sa tête " ou encore " Monsieur Charles est bon pour Titeca ". Je rigole mais pour tout vous dire, je vous trouve choquant.

Le 1er mai est la " Fête des Travailleurs " et non pas la " Fête du Travail ". Cette dernière appellation a été introduite en France par le maréchal Pétain durant le régime de Vichy. Franchement...c'est suspect. Elle est depuis utilisée fallacieusement par les...conservateurs. C'est de vous que l'on parle, que cela vous plaise ou non, il faut appeler un chat un chat. Je vous épargnerai toute l'histoire de ce premier mai. Retenez cependant qu'elle commémore la lutte pour un acquis fondamental de la classe ouvrière : la journée des huit heures. Ce sont les syndicats et la IIeme Internationale Socialiste qui ont oeuvré pour cela. Aux USA, des travailleurs ont été tués, emprisonnés, exécutés pour cette revendication. En France, le premier mai 1891 a tourné au drame à Fourmies quand la troupe a tiré sur la foule, tuant 10 personnes. Croyez-vous que la lutte s'est arrêtée là ? Que, magnanimes, vos ancêtres libéraux ont accordé la journée des 8 heures ? En France, il a fallu attendre 1919 et en Belgique la loi du 14 juin 1921.

Non Monsieur Charles, le MR n'est pas " le délégué syndical de ceux qui bossent ". Estimez-vous que les délégués des entreprises, les vrais, les élus des travailleurs, défendent des fainéants qui ne prennent pas leur travail au sérieux ? On bosse dans les entreprises Monsieur Charles, beaucoup, souvent trop, regardez les études médicales. Vous voulez être délégué syndical ? Eclairez-nous alors sur la position du MR par rapport à la représentativité des travailleurs dans les PME. Pas facile hein ! Vous ne serez jamais délégué syndical. On ne peut défendre le droit de grève et revendiquer le service minimum. On ne peut défendre le travailleur et demander plus de flexibilité du marché du travail. On ne peut défendre le travailleur et prôner la diminution des allocations de chômage dans le temps. On ne peut défendre le travailleur et traiter " d'assisté " celui qui perd son emploi, qu'il " en veuille " comme vous dites, ou pas. On ne peut tout simplement pas défendre le travailleur et mépriser celui qui ne trouve pas d'emploi quand il n'y en a pas !

Seriez-vous le délégué syndical des indépendants, des professions libérales, des PME ? C'est votre fonds de commerce, depuis des années. Je doute cependant de votre efficacité envers eux. Ecrivez leur, faites une belle lettre, une vraie, avec du sens. Pas la missive banale et creuse que l'on trouve sur le site du MR, intitulée " 7 h 22 sur l'E411 " et datée du 1er mai. Expliquez à vos admirateurs pourquoi, lors de la dernière réforme fiscale, vous avez particulièrement soigné les plus riches d'entre eux au détriment du plus grand nombre. Expliquez aux patrons de PME, vous savez, " ceux qui bossent ", pourquoi leur société paie autant d'impôts quand de toutes grosses entreprises, qui font des milliards de bénéfices, n'en paient pas. Vous n'allez quand même pas leur dire que ce sont les " socialos " qui ont voulu de telles mesures fiscales !!!

Vous vous attaquez aux dérives de la finance qui devient " le profitariat ". Mazette, elle est bien bonne celle-là. Une chance 3que vous êtes là pour nous le dire, nous ne l'avions pas remarqué ! Dites un peu, Monsieur Charles, vous ne l'avouez pas mais la finance d'aujourd'hui n'est jamais que le résultat d'une dérégulation des marchés que les libéraux ont toujours prônée. Loin de moi l'idée de vous considérer comme les seuls responsables mais vous en êtes cependant les principaux artisans politiques.

Vous essayez Monsieur Charles, bien maladroitement il me semble, de donner à votre " mouvement " des accents sociaux qu'il n'a pas. Vous trompez les citoyens en reprenant à votre compte une commémoration dans laquelle vous n'avez rien à faire. Le 1er mai ne vous appartiendra jamais, pas plus que la fête de la Communauté Wallonie Bruxelles n'appartiendra à la NVA ou la Gay Pride au Vlaams Belang. C'est une question d'identité. Augustin Spies, un des condamnés américains en 1886 lors des grèves pour l'instauration des 8 heures, a dit "Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui"1 ne brisez pas ce silence Monsieur Charles, respectez le.

Si votre parti et les gens qui le composent ont des valeurs fondamentales, ce dont je doute souvent, je vous invite à faire la fête pour célébrer ces valeurs. Ce sera légitime, utile pour vous et les vôtres. Cela vous donnera une véritable identité et enrichira le débat. Vous pourriez fêter le libéralisme, à Jodoigne ou ailleurs, à Wavre par exemple. Je vous propose une date : le 29 août. Vous fêterez la naissance de John Locke (29.08.1632), ce philosophe anglais qui est un des pères du libéralisme. Ce serait une bonne date pour galvaniser tous ceux qui veulent " bosser " après les grandes vacances.

Eric VERMEERSCH Mai 2012

Extrait du n° 90 de "Secouez-vous les Idées" publié par le CESEP (Centre Socialiste d’Education Permanente ASBL)
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